Qu’est-ce-que le 1,2,4-triazole ?
Le 1,2,4-triazole est un produit de dégradation (métabolite) commun à de nombreux fongicides agricoles de la famille des azolés, comme le tébuconazole et le difénoconazole, entre autres, ainsi qu'à certains médicaments antifongiques.
Les fongicides azolés à l'origine de ce métabolite font l'objet d'une vigilance scientifique croissante : leur présence dans l'environnement est associée à l'émergence de résistances aux antifongiques chez certains champignons pathogènes, avec des implications potentielles pour la santé humaine.
Du fait de leur persistance dans l'environnement, ces molécules peuvent migrer jusque dans les eaux souterraines et superficielles utilisées pour produire l'eau du robinet.
Évolution du classement réglementaire
En 2025, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a classé le 1,2,4-triazole comme métabolite pertinent*. Cet avis fixe donc à 0,10 µg/L la limite de qualité, c’est-à-dire la valeur réglementaire à ne pas dépasser, dans l’eau potable.
La valeur sanitaire maximale (Vmax) s’établit quant à elle à 51 µg/L. Les Vmax sont établies par l’ANSES pour les pesticides et métabolites pertinents afin de garantir la santé du consommateur même en situation de dépassement des limites de qualité.
Ces Vmax jouent le rôle de repère temporaire, le temps que des solutions soient mises en œuvre pour remédier au dépassement de la limite de qualité. Ces valeurs correspondent à des concentrations ne présentant pas de risque pour la santé du consommateur**.
*Selon l'ANSES, un métabolite de pesticide est « pertinent » pour les eaux destinées à la consommation humaine, « dès lors qu’il y a lieu de considérer qu’il pourrait engendrer (lui-même ou ses produits de transformation) un risque inacceptable pour le consommateur ». La limite de qualité est fixée à 0,10 µg/l pour un métabolite de pesticide pertinent, et à 0,90 µg/l pour un métabolite de pesticide non pertinent.
** Source : www.anses.fr
Des recherches au-delà du cadre réglementaire menées par atlantic’eau
À ce jour, le 1,2,4-triazole ne figure pas dans le programme de contrôle sanitaire obligatoire mené par l'Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire. Atlantic'eau a néanmoins décidé de lancer ses propres campagnes d'analyses en s'appuyant sur des méthodes récemment développées. Les dosages présentés s’appuient sur un laboratoire accrédité COFRAC, permettant de détecter la molécule à des concentrations extrêmement infimes avec des garanties métrologiques incontestables.
Conduites sur les eaux brutes et les eaux traitées, ces analyses ont fait l'objet d'une phase rigoureuse de validation interne pour garantir la parfaite fiabilité des résultats présentés. De décembre 2025 à août 2026, atlantic’eau a ainsi procédé à plusieurs campagnes. La fiabilité des laboratoires a également été vérifiée en mesurant des échantillons d’eau pure auxquels il a été ajouté des quantités précises de 1,2,4-triazole.
Résultats des analyses : une situation contrastée
Les mesures réalisées sur l'ensemble du territoire révèlent trois situations distinctes :
- Sites sous le seuil de détection pour l'eau produite à Saint-Gildas-des-Bois, Nort-sur-Erdre et Vallons-de-l’Erdre (Saint-Sulpice)
- Sites conformes à la réglementation : les ressources d'Ancenis (jusqu'à 0,082 μg/L, soit 82 % du seuil réglementaire), de Basse-Goulaine (jusqu'à 0,078 μg/L), de Soulvache (0,062 μg/L), de Machecoul (jusqu'à 0,06 μg/L) et de Saint-Mars-du-Désert (0,055 μg/L) restent en dessous de la limite réglementaire. Ces résultats appellent néanmoins une vigilance soutenue afin de rester sous le seuil de 0,10 μg/L.
- Sites avec dépassements ponctuels : Des valeurs ponctuellement supérieures à 0,10 μg/L ont été enregistrées :
- A Saint-Michel-Chef-Chef : un dépassement mesuré à 0,11 µg/L en janvier 2026
- A Massérac : un dépassement mesuré à 0,14 µg/L en avril 2026
- A Saffré : trois dépassements mesurés à 0,12 µg/L en décembre 2025, jusqu’à 0,23 µg/L en janvier 2026 et à 0,11 µg/L en avril 2026.
Des actions mises en oeuvre par atlantic’eau
Face à ce constat, atlantic’eau a décidé de :
- Poursuivre la surveillance de cette molécule, avec un suivi mensuel mis en place à partir d’octobre 2026 sur l’ensemble des ressources du territoire,
- Rechercher les origines de la présence de 1,2,4-triazole.
Carte des résultats d’analyse du 1,2,4-triazole sur le territoire d’atlantic’eau

À titre de comparaison, les travaux du Laboratoire Européen de Référence montrent que le 1,2,4-triazole est présent dans 75% des laits du commerce (avec une moyenne de 14 µg/kg et jusqu'à 19 µg/kg) et dans 23% des jus de fruits (moyenne de 13 µg/kg et jusqu'à 17 µg/kg).
Résultats complets en eau traitée sur le territoire d’atlantic’eau
Protéger les ressources pour faire face aux limites techniques et aux manques d’eau
Face à cette molécule, les solutions de traitement habituelles montrent leurs limites. Les filtres à charbon actif, même neufs, ne parviennent pas à éliminer le 1,2,4-triazole. Les technologies les plus avancées, comme l’osmose inverse, ne semblent présenter qu'une efficacité partielle, pour des coûts d’investissement et de fonctionnement prohibitifs.
Mais surtout, ces procédés entraînent une perte de 10 à 20 % de l'eau pompée. Or, selon l'étude sur la ressource en eau publiée fin 2025 dans le cadre du schéma départemental de sécurisation de l’alimentation en eau potable de Loire-Atlantique, notre territoire doit réduire de 10 % sa consommation d'eau potable d'ici 2035 pour pouvoir alimenter l'ensemble des habitants du département. Peut-on simultanément perdre jusqu'à 20 % de l'eau prélevée dans des procédés curatifs insuffisants et réduire notre consommation de 10 % d'ici 2035 ?
Sur de nombreuses ressources, comme Ancenis, Basse-Goulaine ou Soulvache, les valeurs mesurées sont encore juste en-dessous de la norme ou très proches de celle-ci. Il est encore temps d'agir pour stopper la hausse des concentrations et contenir durablement le métabolite en dessous des 0,10 μg/L. Chaque année perdue se traduit en concentrations supplémentaires difficiles à inverser.
Depuis des années, atlantic'eau défend l'objectif zéro pesticide sur les aires d'alimentation de captage en échange de compensations financières et de soutiens économiques durables.
| La protection préventive des captages telle que définie dans la motion adoptée en 2026 par le comité syndical d’atlantic’eau constitue une priorité stratégique pour : - garantir durablement la qualité sanitaire de l’eau potable, - préserver la ressource et notre santé, - assurer la résilience du territoire face aux défis des prochaines décennies. |