Dès le démarrage du mandat, Frédéric MILLET, président renouvelé dans ses fonctions, a souhaité soumettre au nouveau comité syndical le cadre de la politique à mener par atlantic’eau en matière de qualité d’eau et de santé publique.

Le contexte : enjeux de santé publique, impasses techniques et défis économiques

L’évolution rapide des connaissances scientifiques

L’amélioration des connaissances scientifiques a permis d’établir qu’il existe des effets de certains polluants sur la santé. Les effets cocktails de substances, qui lorsqu’elles sont mélangées peuvent faire apparaître ou aggraver des risques pour l’Homme, sont bien documentés par la recherche. Mais ils demeurent largement ignorés par le cadre réglementaire actuel, qui continue d’évaluer les risques substance par substance. Par ailleurs, alors que les normes sont basées sur le principe selon lequel «la dose fait le poison», il est aujourd’hui connu que, quelle que soit la dose, la période d’absorption a toute son importance.

 

L’efficacité des traitements dans le temps

Les filières de traitement des unités de production d’eau potable sont certes efficaces, mais doivent aussi sans cesse être adaptées pour prendre en compte l’émergence de nouvelles molécules. Face à certains micropolluants, même les technologies les plus avancées, comme l’osmose inverse, n’offrent qu’une efficacité partielle. De plus, ces technologies présentent d’autres limites, notamment des coûts financiers importants, ainsi que des pertes en eau et des consommations d’énergie conséquentes.

 

Le cadre pour accompagner les changements de pratiques

Pour pouvoir disposer d’une ressource en eau brute la plus pure possible, il faut agir à la source des pollutions, quelle qu’en soit l’origine, agricole, industrielle, communale ou domestique.

Pour agir, il est nécessaire d’accompagner techniquement et financièrement les acteurs locaux. Depuis plusieurs années, atlantic’eau a notamment pu instaurer un dialogue constructif avec les différentes instances représentatives du monde agricole. Il s’agit de pouvoir créer les conditions, entre autres économiques, pour que les modèles d’exploitations agricoles puissent évoluer dans un cadre sécurisé lorsque cela est nécessaire pour atteindre le « 0 pesticide ».


Une motion adoptée à l’unanimité

Au regard des constats partagés, les élus aux sensibilités diverses représentant les 148 communes du territoire d’atlantic’eau ont pris position pour porter une ambition forte, en mesure de répondre aux enjeux soulevés. A l’issue des échanges, une motion a été adoptée à l’UNANIMITE lors du comité syndical du 26 juin 2026.  

L’enjeu de santé publique conduit à exiger une eau brute exempte de toutes les molécules qui ont un impact potentiel sur la santé. Dans la continuité du précédent mandat, cette motion (en annexe) fixe le cadre de la politique d’atlantic’eau pour la protection de la ressource en eau et la qualité de l’eau potable distribuée. Elle s’articule autour de 3 axes :

  • privilégier le non-usage de produits contenants des micropolluants dans les zones de captages, quelle que soit l’origine, en accompagnant les changements de pratiques
  • distribuer une eau répondant aux enjeux de santé publique, au-delà du simple cadre réglementaire et communiquer les résultats des analyses en toute transparence 
  • disposer des moyens permettant d’identifier toutes les molécules présentes dans l’eau, en travaillant entre autres avec les acteurs locaux et en poursuivant une politique de recherche et innovation ambitieuse.

 

Télécharger le texte de la motion adoptée à l'UNANMITE du comité syndical d'atlantic'eau, le 26 juin 2026

 


1,2,4-triazole : des recherches poussées pour anticiper et agir

Atlantic’eau publie aujourd’hui des résultats d’analyses sur le 1,2,4-triazole, un métabolite issu de produits phytosanitaires et phytopharmaceutiques. Ces investigations ont été menées de façon volontaire, avant même toute obligation réglementaire.

La découverte de ce métabolite dans certaines ressources du territoire illustre de façon concrète la volonté politique des élus d’atlantic’eau pour anticiper et agir en faveur de la qualité de l’eau potable, dans le cadre d’une gestion transparente.

 

Une molécule sous surveillance 

Le 1,2,4-triazole est un produit de dégradation (métabolite) commun à de nombreux fongicides agricoles de la famille des azolés, comme le tébuconazole et le difénoconazole, entre autres, ainsi qu’à certains médicaments antifongiques. Les fongicides azolés à l’origine de ce métabolite font par ailleurs l’objet d’une vigilance scientifique croissante : leur présence dans l’environnement est associée à l’émergence de résistances aux antifongiques chez certains champignons pathogènes, avec des implications potentielles pour la santé humaine. Du fait de leur persistance dans l’environnement, ces molécules peuvent migrer jusque dans les eaux souterraines et superficielles utilisées pour produire l’eau du robinet.

En 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a classé le 1,2,4-triazole comme « métabolite pertinent » et fixé une limite de qualité à 0,10 μg/L dans l’eau potable.

 

Des recherches au-delà du cadre réglementaire menées par atlantic’eau 

À ce jour, le 1,2,4-triazole ne figure pas dans le programme de contrôle sanitaire obligatoire mené par l’Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire. Atlantic’eau a néanmoins décidé de lancer ses propres campagnes d’analyses en s’appuyant sur des méthodes récemment développées. Les dosages présentés s’appuient sur un laboratoire accrédité COFRAC, permettant de détecter la molécule à des concentrations extrêmement infimes avec des garanties métrologiques incontestables.

Conduites sur les eaux brutes et les eaux traitées, ces analyses ont fait l’objet d’une phase rigoureuse de validation interne pour garantir la parfaite fiabilité des résultats aujourd’hui présentés. De décembre 2025 à août 2026, atlantic’eau a ainsi procédé à plusieurs campagnes d’analyse. La fiabilité des laboratoires a également été vérifiée en mesurant des échantillons d’eau pure auxquels il a été ajouté des quantités précises de 1,2,4-triazole.

 

Résultats : une situation contrastée 

Les mesures réalisées sur l'ensemble du territoire révèlent trois situations distinctes : 

  • Sites sous le seuil de détection pour l'eau produite à Saint-Gildas-des-Bois, Nort-sur-Erdre et Vallons-de-l’Erdre (Saint-Sulpice)  
  • Sites conformes à la réglementation : les ressources d'Ancenis (jusqu'à 0,082 μg/L, soit 82 % du seuil réglementaire), de Basse-Goulaine (jusqu'à 0,078 μg/L), de Soulvache (0,062 μg/L), de Machecoul (jusqu'à 0,06 μg/L) et de Saint-Mars-du-Désert (0,055 μg/L) restent en dessous de la limite réglementaire. Ces résultats appellent néanmoins une vigilance soutenue afin de rester sous le seuil de 0,10 μg/L. 
  • Sites avec dépassements ponctuels : Des valeurs ponctuellement supérieures à 0,10 μg/L ont été enregistrées :
    • A Saint-Michel-Chef-Chef : un dépassement mesuré à 0,11 µg/L en janvier 2026
    • A Massérac : un dépassement mesuré à 0,14 µg/L en avril 2026
    • A Saffré : trois dépassements mesurés à 0,12 µg/L en décembre 2025, jusqu’à 0,23 µg/L en janvier 2026 et à 0,11 µg/L en avril 2026. 

 

Des actions mises en oeuvre par atlantic’eau

Face à ce constat, atlantic’eau a décidé de :

  • Poursuivre la surveillance de cette molécule, avec un suivi mensuel mis en place à partir d’octobre 2026 sur l’ensemble des ressources du territoire,
  • Rechercher les origines de la présence de 1,2,4-triazole.

     

Carte des résultats d’analyse du 1,2,4-triazole sur le territoire d’atlantic’eau - Octobre 2026

À titre de comparaison, les travaux du Laboratoire Européen de Référence montrent que le 1,2,4-triazole est présent dans 75% des laits du commerce (avec une moyenne de 14 µg/kg et jusqu'à 19 µg/kg) et dans 23% des jus de fruits (moyenne de 13 µg/kg et jusqu'à 17 µg/kg). 

 

Voir les résultats complets


Protéger les ressources pour faire face aux limites techniques et aux manques d’eau

Face à cette molécule, les solutions de traitement habituelles montrent leurs limites. Les filtres à charbon actif, même neufs, ne parviennent pas à éliminer le 1,2,4-triazole. Les technologies les plus avancées, comme l’osmose inverse, ne semblent présenter qu’une efficacité partielle, pour des coûts d’investissement et de fonctionnement prohibitifs.

Mais surtout, ces procédés entraînent une perte de 10 à 20 % de l’eau pompée. Or, selon l’étude sur la ressource en eau publiée fin 2025 dans le cadre du schéma départemental de sécurisation de l’alimentation en eau potable de Loire-Atlantique, notre territoire doit réduire de 10 % sa consommation d’eau potable d’ici 2035 pour pouvoir alimenter l’ensemble des habitants du département. Peut-on simultanément perdre de 10 % à 20 % de l’eau prélevée dans des procédés curatifs insuffisants et réduire notre consommation de 10 % d’ici 2035 ?

Sur de nombreuses ressources, comme Ancenis, Basse-Goulaine ou Soulvache, les valeurs mesurées sont encore juste en-dessous de la norme ou très proches de celle-ci. Il est encore temps d’agir pour stopper la hausse des concentrations et contenir durablement le métabolite en dessous des 0,10 μg/L. Chaque année perdue se traduit en concentrations supplémentaires difficiles à inverser.

Depuis des années, atlantic’eau défend l’objectif zéro pesticide sur les aires d’alimentation de captage en échange de compensations financières et de soutiens économiques durables. 

La protection préventive des captages telle que définie dans la motion adoptée par le comité syndical d’atlantic’eau constitue une priorité stratégique pour :
• garantir durablement la qualité sanitaire de l’eau potable, 
• préserver la ressource et notre santé,  
• assurer la résilience du territoire face aux défis des prochaines décennies.

Mis en ligne le 6 octobre 2026